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Pétrole : Le collectif multi-facettes qui bouscule la scène house

Nous suivions depuis quelques mois l’évolution du collectif  pétrole à Paris et à Toulouse, les deux villes dans lesquelles le collectif est aujourd’hui solidement ancré. Compte tenu de l’originalité de leur démarche et de la qualité de leurs actualités musicales, nous ne pouvions passer à côté de cette formation ultra dynamique suscitant un réel engouement chez les aficionados de la musique électronique.

Pour ces raisons, nous avons choisi d’interviewer le collectif à Toulouse lors de leur soirée qui s’est tenue au Downtown Factory le 10 Novembre dernier, soit quelques jours après leur passage au Bikini marquant pour lui le franchissement d’une étape. Si la musique reste son activité principale, le collectif se présente volontiers comme une formation où se mêlent plusieurs domaines artistiques, en particulier le graphisme, activité dans laquelle Pauline Andrieu joue un rôle déterminant.

Malgré son double ancrage géographique, son  aspect polymorphe et l’énergie débordante de ses membres, Pétrole s’avère une formation remarquablement structurée, menant à bien des projets artistiques d’une indéniable qualité sans pour autant jamais perdre de vue ses  principaux objectifs qui restent ceux de s’amuser, de partager leur passion pour la musique et faire danser le public lors de leurs soirées. Alors que nous avions prévu un rapide entretien en compagnie de Naranja, Alderaan, LDM et DaCrowch  nous nous sommes laissés surprendre par la densité de leurs réponses, cela est la raison pour laquelle l’entretien se présente comme une conversation au cours de laquelle de multiples sujets sont abordés avec une grande spontanéité. A bien y réfléchir, cet entretien à la tonalité particulière est à l’image des membres de Pétrole: enthousiastes, résolument généreux, ils vous embarquent dans leur univers bouillonnant pour le plus grand plaisir des personnes qui partagent du temps avec eux.

LOFI | Pouvez-vous vous présenter ? Les débuts du collectif, les objectifs que vous aviez lorsque vous vous êtes formés ?

Alderaan : On a créé l’association il y a presque 2 ans maintenant, mais à la base, cela nous ramène à plusieurs années en arrière où chacun faisait de la musique plus ou moins dans son coin. Par exemple, avec Alban (ndlr Naranja), il nous arrivait de mixer sur les mêmes scènes et du coup, après plusieurs mois on a décidé que ce serait plus fun de faire ça en collectif. On trouvait que Toulouse manquait de diversité niveau événements, on voulait mettre notre pierre à l’édifice en apportant aussi le « savoir-faire » de nos artistes qui s’expriment à travers la partie label ce qui pouvait nous différencier.

Naranja : On était plus dans le rock avant, on jouait de la guitare, de la basse… D’ailleurs, une partie du collectif, les Ruby Cube, est un groupe rock qui marche bien. Ensuite on a tous commencé à installer Ableton sur nos ordinateurs, à bricoler chacun dans notre coin pour faire de la musique électronique. Dans le même temps, on participait à nos premières soirées house, rave. On allait souvent aux soirées Folklore, qui nous ont vraiment donné envie de franchir le pas. On s’est dit : « les gars, on va mettre ça en commun, on va sortir notre musique ». Il fallait sauter le pas, car on pensait qu’il était important de se démarquer, de ne pas se contenter de jouer la musique des autres et montrer qu’on avait des propositions artistiques. Par la suite, tout cela s’est aggloméré et en février 2016, on a monté notre première soirée, sorti notre première compilation sur Soundcloud (ndlr Sédiments). À partir de ce moment, tout s’est enchaîné rapidement.

Alderaan : Le collectif porte des valeurs dans son ADN qui se rapprochent de celles de la house : le partage et la collaboration. Le désir de partager avec le public la musique qu’on aime, qu’on produit et une ambiance à travers nos propres soirées. En ce qui concerne la collaboration, il y a une bonne partie des projets musicaux qui sont mis en commun. Par exemple, tu as le duo Lananas (Alderaan + LDM) qui travaille aussi avec notre graphiste Pauline Andrieu sur le développement d’une identité esthétique spécifique, sur une de nos prochaines sorties, il y aura une track qu’on a faite tous les trois (ndlr le duo Lananas et Naranja), etc. Le collectif Pétrole, c’est un peu la base et quiconque ayant un talent, un esprit créatif peut passer par ce biais pour diffuser ses créations.

Naranja : Et du coup, on en arrive à pouvoir caler, pour la première fois, la raison pour laquelle on s’appelle Pétrole. On cherchait une idée pour exprimer le fait qu’il existe un matériel de base et qu’on pouvait partir dans plein de directions artistiques avec. Le pétrole étant une matière première à partir de laquelle tu peux faire plein de choses grâce à ses nombreux dérivés: énergie, plastique… Le concept c’était d’affirmer que Pétrole était notre association, mais qu’on pouvait réaliser plein de produits. On y a réfléchi, attention (rires).

LOFI | LDM, des éléments à ajouter sur le collectif et sur vos objectifs ?

LDM : Les objectifs restent calqués sur ce que l’on vient de dire, c’est juste qu’au fur et à mesure, on espère avoir plus de moyens pour faire ce qu’on veut en termes de productions et de soirées. Par exemple, pour les soirées, on voudrait avoir des scènes plus grandes pour faire collaborer notre graphiste ou y réaliser de la déco. Pour la production, on a signé avec le distributeur Kuroneko en juillet dernier ce qui nous permet de diffuser nos sons sur toutes les plateformes de streaming et de distribuer nos vinyles dans le bac des disquaires autour du monde.

LOFI | En tant que jeune collectif, comment vous situez-vous dans l’industrie musicale au sein de laquelle internet domine. D’un côté, il facilite la diffusion des œuvres, mais d’un autre, il y est plus difficile d’y avoir de la visibilité?

Naranja : Je trouve cela paradoxal, c’est vrai qu’on est noyé sous une masse d’informations, mais on est aussi dans la société de la spécialisation, du sous-genre, de la niche. Maintenant, les gens disent: « j’écoute de la lo- fi house », «j’écoute de l’ambient techno». Ils savent exactement ce qu’ils veulent et où aller le chercher. Du coup, si tu arrives à trouver ta signature sonore et t’inscrire dans quelque chose de cohérent sur le plan musical, il y aura toujours des gens qui seront dans cette niche et prêts à t’écouter. C’est justement sur ce point qu’Internet devient intéressant, on peut facilement t’écouter à l’autre bout du monde. Je me rappelle d’un épisode qui nous a marqué, quand on a commencé à distribuer nos vinyles, le premier qu’on a vendu, c’était en Russie. On était comme des fous. On en a vendu au Japon, au Canada. On n’en revient toujours pas.

Alderaan : En plus de l’exemple de vendre des vinyles ou d’avoir des auditeurs à l’autre bout du monde, grâce à internet on a rencontré un artiste qui s’appelle Paradiso Rhythm, qui vient de Slovaquie et a qui on a proposé de produire la track d’ouverture de notre premier vinyle. Lors de notre release party à Paris, on l’a invité, il a mixé avec nous et c’était magique. C’est dans ce genre de situation qu’on se dit qu’avec Internet, on peut réaliser de belles choses.

Naranja : C’est une grosse fierté de l’avoir sur notre vinyle.

Da Growch : Deux mois après, il signait chez Wolf Music. On pourrait aussi ajouter qu’on est sur de la musique de niche, mais au final avec Internet, cela nous a rapproché de beaucoup de collectifs sur Toulouse et Paris, donc on partage plus facilement. Je trouve que c’est important, il n’y a pas de prétention dans le genre: « Je suis meilleur que toi », peu importe ce que tu fais, on le respecte et on passe de bons moments.

Naranja: Donc, en conclusion: merci internet.

LOFI | Entre Paris et Toulouse, comment gérez-vous vos projets ?

Alderaan : Pour la partie label, il y a 7 projets musicaux, on reçoit quelques démos de personnes qui nous contactent en nous disant qu’ils aimeraient sortir quelque chose chez nous, mais pour le moment on considère qu’on a beaucoup de travail à faire sur le développement de nos propres artistes. Plutôt que de signer bêtement des mecs qu’on ne va pas accompagner, on préfère donner la priorité à nos 7 projets.

LDM : Sans se priver parfois de faire des signatures comme avec Paradiso Rhythm par exemple et sortir une track de temps à autre. Ensuite au-delà de la partie musique, on aussi d’autres personnes qui se consacrent à des domaines différents et qui font autant partie de Pétrole que les producteurs, que cela soit Pauline au graphisme, Natacha pour la décoration, Julien notre photographe.

Naranja: Et Quentin qui nous a réalisé le clip de Lananas

L’idée, c’est que le collectif fonctionne vraiment sur une bande de potes, on touche tous plus ou moins à « l’art » de manière générale. La partie label est le noyau central, mais tous les potes qui ont des idées, des projets sur lesquels on est chauds peuvent s’agglomérer avec nous, on aime quand les gens nous amènent de nouvelles idées, cela crée une émulation. Comme avec Julien par exemple, il y a 3-4 mois je ne le connaissais pas, il a pris des photos en soirée pour nous et au final on se retrouve à chacun de nos événements.

LOFI | Votre univers musical est assez varié, mais globalement, il correspond à la scène house. Avec un ancrage à Paris et Toulouse, que pensez-vous de cette scène ? Vous paraît elle dynamique ou en train de s’essouffler ?

Da Growch : On assiste à un gros mélange de genres, c’est ça qui est cool. Par exemple, on a des potes sur Paris qui sont à la base de gros fans de hip-hop et les mecs font aujourd’hui un gros mash up de hip-hop et de house, ce qui est hyper intéressant. Chaque collectif, chaque label commence à avoir un peu sa touche et c’est là que ça devient bon.

Naranja : A Lyon, tu as une scène très solide. D’ailleurs, on va faire jouer Ethyène de Moonrise Hill Material, à l’International le 24 Novembre à Paris. Ensuite dans la capitale, tu as des labels en place comme D.KO qui commencent à avoir de la bouteille et d’autres collectifs qui arrivent comme De La Groove. Franchement, j’ai l’impression que c’était un peu plus techno ces dernières années, mais là, tu as un renouveau house.

Alderaan : C’est un phénomène de cycle : il y a eu une grosse vague techno en France portée notamment par la création d’établissement comme Concrète à Paris. Depuis 2-3 ans, ce club s’ouvre à des musiques un peu plus house/disco avec des mecs comme Motor City Drum Ensemble (pour ne citer que lui), que l’on adore tous ici et qui marque le retour à cette house garage des années 90.

Naranja : Si on met en parallèle avec ta question sur internet, il est intéressant de relever que soudainement, tu as eu 15000 mecs qui font de la lo-fi. Il y a des mouvements qui arrivent très vite et qui sont mis en avant, qui se diffusent bien sur Internet, plein de mecs trouvent le son fou et veulent faire pareil, mais les tendances s’essoufflent plus vites aussi. Donc, l’un des défauts d’Internet est que soudainement, tu trouveras 15000 producteurs qui font le même son, en 6 mois tu as tout écouté et tu te dis: « Je vais passer à autre chose maintenant ». Avant, tu prenais le temps il fallait digger et tout tandis qu’aujourd’hui tu as un effet de mimétisme plus fort.

Da Growch : Pour moi, le plus intéressant est que les frontières de la musique électronique s’ouvrent vachement. On le voit encore aujourd’hui, toutes les soirées annoncent soit house, soit techno mais l’avenir est à la diversification de tous les styles. Regarde la scène micro-house avant c’était très underground, maintenant elle s’ouvre. Même chose pour le breakbeat, la jungle.

Naranja : Avec Moodymann, tu peux faire écouter de la jungle à ta mère. Maintenant on prend de plus en plus au sérieux les mecs qui font de la musique électronique, il y a de plus de plus de live sets aussi, donc cela apporte un cachet supplémentaire. Quand Lananas fait son live set avec les guitares et tout, tu le vois à la réaction des gens, ils apprécient vachement. Je pense à Harvey Sutherland aussi qui est carrément ouf avec son batteur sur scène, ses synthés, même chose pour un mec comme FKJ, il est hyper populaire, ma mère l’écoute. Je pense que la musique électronique devient pop au final.

Alderaan : Tu peux illustrer cela avec le défilé du 14 Juillet où Daft Punk a été repris par la parade devant Macron et Trump alors qu’il y a 20 ans ces mecs se faisaient taper dessus. Il y a une démocratisation de toutes ces musiques.

Naranja : Et la pop, c’est bien. Pour nous, la pop n’est pas un terme péjoratif, ça veut juste dire que c’est populaire, LDM t’en parlera mieux que moi, car il a une de vraies nuances pop sur ses musiques.

LDM : J’ai été énormément influencé par tout le courant french touch qu’il y a eu fin des années 90, début des années 2000 et je ne trouve pas plus mal qu’il y ait une dimension pop dans la musique électronique et qu’elle en devienne plus abordable. Comme le disait Alban, le collectif s’inscrit dans le partage donc si d’un coté c’est bien d’avoir une sélection pointue, qui fait découvrir de nouveaux sons, c’est tout aussi bien de partager un moment où « on est tous d’accord » même ceux qui n’écoutent pas de la musique électronique. De manière plus personnelle, j’aime bien alterner entre ce côté pop et, en même temps, coller aux origines du mouvement qui est underground. Ce qui m’intéresse dans la french touch des années 2000, c’est justement des mecs comme les Daft, Modjo, Supermen Lovers, ils avaient une patte « underground », mais ils l’ont transformé en mode « pop ».

Naranja : Mais tu as raison en plus : ce n’est pas la musique électronique qui est devenue pop, c’est la pop qui est devenue une musique électronique. Les hits de l’année, les summers hits, c’est de la musique électronique, de l’EDM parfois, mais aussi des choses plus house.

LDM : Et c’est pour cette raison que le dj est un peu devenu comme un roi.

Naranja : Le Dj remplace la rockstar… Dj is the new black.

LOFI | D’un côté il y a une reconnaissance des musiques électroniques de la part des institutions, on l’a vu avec Laurent Garnier qui a été fait Chevalier de la Légion d’honneur, mais d’un autre, il y a aussi des résistances ; dernièrement je pense à certaines attaques contre les festivals de musiques électroniques accusés de mettre le niveau sonore trop élevé ou encore à des festivals interdits pour de prétendues raisons de sécurité. Reconnaissance d’un côté, résistance de l’autre, comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Naranja : Alors moi, je suis désolé, mais je vais dire un truc basique. Dans l’esprit des autorités, la musique électronique rime avec encore avec drogues. C’est le discours commun, tu parles avec tes parents de musiques électroniques, ils l’associent à la drogue, c’est malheureux. Puisque la drogue c’est mal, tout ce qui amène la drogue est mal. C’est mon point de vue de vue sur la question, ultra trivial, un peu caricatural, mais c’est en grande partie lié à cela.

Alderaan : Je pense qu’il ne faut pas tout confondre. Le problème du niveau sonore pour moi, c’est un problème de santé publique parfois lié à l’acoustique des salles ou à la qualité « moindre » de certains systèmes de sonorisation, je peux en parler, car lorsqu’on mixe, je porte parfois des bouchons pour les oreilles. (Nb: le problème du niveau sonore des festivals de musiques électroniques ne vise pas les éventuels problèmes de santé, mais ceux liés à la pollution sonore). Pour rejoindre Naranja, on sait vraiment que, dés les débuts de la house, de la techno au début des années 90’s, ces musiques étaient complètement associées à la drogue. On a interrogé des acteurs du milieu à l’époque et il s’avère que 98% des gens en rave étaient consommateurs.

La rave était le seul format d’expression à l’époque pour les musiques électroniques, aujourd’hui tu as les boîtes, etc. Les mecs avaient vraiment du mal à gagner en crédibilité et à se faire comprendre, pourtant, derrière la consommation de drogues, tu avais une vraie culture, un vrai message positif d’ouverture et de partage.

Naranja: C’est quand même la musique des rejetés, des blacks, des homosexuels.

Alderaan: Ce qui est frustrant, c’est que les autorités, les pouvoirs publics, sont toujours ultra lent à comprendre que la plupart des mouvements musicaux émergents sont accompagnés d’une culture et d’une identité propre, y compris pour le rock à ses débuts ou le hip-hop.

Naranja : Le hip-hop c’est encore pire. C’est la musique la plus écoutée en France, le top des ventes ou du streaming, c’est du rap. Pour autant, il n’y a qu’a voir la façon dont se comportent certains journalistes face à des rappeurs invités sur les plateaux TV.

Da Growch : Ils se foutent de leur gueule. Quand on voit le passage d’Orelsan.

Naranja: Exactement. L’animateur lui disait un truc du genre « Mais vous savez vous exprimer par rapport aux autres rappeurs ? », mais ferme là.

Alderaan : Tout cela, on peut le mettre en parallèle avec les musiques électroniques : les gens ne retiennent que les clichés et se foutent du reste. Mais à côté de cela, il y a aussi une grosse ouverture, il y a de plus de plus de festivals électroniques. Même les festivals de rock s’y sont mis, comme Rock-en-Seine par exemple.

Naranja : C’est le sens de la culture, d’abord elle est contestataire, ensuite elles commencent à se démocratiser et enfin, elle devient mainstream. C’est une histoire de génération aussi. Quand on regarde le hip-hop, les trentenaires et quarantenaires ont grandi avec, donc le mouvement s’est démocratisé. La musique électronique, c’est à peu près le même âge que le hip-hop, elle a eu un peu plus de mal à s’imposer parce qu’on a pas encore assez de recul. Dans les années 50’s, le rock était la musique de Satan, aujourd’hui les mamies en écoute. La musique électronique s’est démocratisée factuellement, mais pas institutionnellement. Malheureusement, il faudra attendre que les gens vieillissent.

Alderaan : Mais d’ici là la drogue sera légalisée (rires).

LOFI | Vous avez fait votre premier Bikini, en tant que Toulousains d’origine, qu’avez-vous ressenti sur scène ?

Alderaan : C’était énorme. En tant que Toulousains d’origine, le Bikini est l’un de nos endroits favoris à Toulouse, même peut-être en France. Et même partout dans le monde (rires). La salle bénéficie d’un des meilleurs sound-system et un public de folie, c’est vraiment un plaisir de jouer là-bas.

Naranja : En plus on avait eu deux approches avec le Bikini et deux plans qui avaient été annulés, la frustration commençait à monter en nous. On avait effleuré le Graal du doigt et il s’était éloigné.

Alderaan : Puis on nous a recontacté en nous disant « Ça sera un aftershow du concert de Mome, il y aura Boston Bun et Cathy », Cathy qui est un ami à nous. C’était un beau line-up, on était hyper heureux d’apprendre ça. Sur scène, on était comme des gosses, on a pris beaucoup de plaisir ensemble. On souhaite y retourner le plus vite possible.

LOFI | Vous avez pas mal de sorties physiques, c’est-à-dire du Vinyle, est-ce important pour vous ? comment percevez-vous le retour de ce support ?

Naranja : Alors première chose, un grand big up à Fred de Innerdisc qui nous a poussé dans ce sens et qui a bien fait. C’est une question qu’on s’est posée dès le début. Très tôt, on a commencé à mixer sur vinyle dans le collectif, c’est un format qui nous attirait. On avait vu Folklore avec leur premier vinyle et on s’est dit que c’était fou, des mecs à Toulouse qui sortent un skeud, c’était la folie. J’ai presque envie de te dire que ça s’est fait par hasard. C’est Sébastien (ndlr Alderaan) qui a pris la décision de sortir un vinyle. Il a contacté des usines, nous a mis la pression pour qu’on envoie nos sons et au final on s’est retrouvé avec la corde au cou (rires).

On retombe sur cette question de niche. Il y a un public pour le vinyle, pas énorme, mais il y a un vrai public et si tu produis de la qualité sur ce format, tu trouveras ton public. Moi, je le vois, je suis un consommateur de vinyle, si un morceau me plaît, je l’achète dans ce support. Pour nous, l’essence de la musique électronique est associée au vinyle. Sortir nos musiques sur vinyle, c’est un kiff, mais c’est aussi une carte de visite dans le milieu, histoire de dire: « On n’est pas des guignols, on a pressé des vinyles, on a quelque chose à défendre ».

Alderaan : La première fois qu’on a écouté le test press, j’étais fou de joie. Même quand j’ai vu mes parents qui suivaient ça de très loin, quand j’ai ramené notre vinyle, ils étaient fiers. Ce format parle un peu à tout le monde même aux gens qui ne sont pas sensibilisés à la House, à la musique électronique, mais l’objet, de par son esthétique, parle à tous.

Naranja : Je me permets juste de tordre le cou à une idée populaire, le vinyle ne revient pas à la mode, il a toujours marché. Disons, qu’il y a toujours eu un noyau dur et que les ventes ont progressé ces dernières années.

Naranja : C’est vrai, c’est toujours fluctuant. Cela dit c’est intéressant de noter le bouillonnement de la scène toulousaine en ce moment. Tu trouves pas mal de collectifs/labels qui pressent : Lüud Disc, Nagual, Folklore, House Plants Records, Groovence…

Alderaan : Merci Fred d’InnerDisc.

Naranja : C’est ça. Il fait tourner sa boutique (rires).

LOFI |Un denier mot sur les sorties qui s’annoncent?

Alderaan : La dernière sortie est celle de LDM, la 6e du collectif, disponible sur toutes les plateformes streaming avec les remixs de Naranja et Da Growch.

LDM : J’ai pu sortir un premier EP en solo l’année dernière qui s’appelait « Yes, Please » et un EP avec mon duo Lananas « Juicy ». J’avais une track en réserve que je souhaitais sortir et qui sonne comme une transition avant mon prochain EP qui sortira courant 2018. Cette nouvelle sortie s’appelle « Trippy Helmet » et j’ai notamment travaillé avec notre graphiste Pauline Andrieu sur un clip en animation vidéo pour accompagner la sortie (disponible fin novembre).

LOFI |Un mot sur les remixs de Da Growch & Naranja dans ce nouvel EP ?

Aledraan : On disait tout à l’heure que le travail de LDM était plus «pop»,mais là justement, on a une track très spatiale, disco, pop et deux tracks taillées pour le club qu’on a testé lors des deux derniers DJ sets, dont au Bikini et au Palais de Tokyo à Paris… elles se sont révélées vraiment très efficaces.

Da Growch: Le travail de base était tellement qualitatif que c’est franchement trop simple de remixer dessus (rires)

Naranja : On retombe sur ce que l’on disait au début, la partie «label» est importante à nos yeux donc notre objectif maintenant, c’est d’avoir des releases en avance et de planifier les sorties. La 7e sortie sera celle de Gems Copy, un mec du collectif qui fait aussi partie de Ruby Cube, un EP solo de cinq titres dans le genre techno berlinoise. Puis ensuite il y aura le 2e EP de Lananas, un Various en vinyle, etc. On essaie de se projeter et d’avoir du contenu qui sort régulièrement, l’idée est d’être présents dans le paysage de la production musicale, on adore faire de la musique, on en fait tout le temps donc on veut sortir nos créations.

LDM : On le fait avec une semi-pression. On a chacun un calendrier, mais on a aussi nos vies et chacun avance à son rythme. Il y a pas mal de collectifs qui sortent un ou deux vinyles par an, nous, on essaie de se diversifier. Puisqu’on a aujourd’hui la chance de pouvoir sortir assez facilement en «digitale» et de plus en plus en «physique», on varie entre les deux, je pense que cela fait partie de l’ADN du collectif.

Naranja : Ouais, il faut toujours garder une distribution en digitale et une distribution vinyle. On ne peut pas tout faire sur ce support, car c’est trop cher et sortir nos releases avec des formats plus accessibles, plus faciles à trouver est très bien.

Da Growch : Cela nous donne une certaine flexibilité, on essaie de ne pas se mettre de barrières en termes de format et de D.A.

Naranja: En termes de D.A. pour le label, on a un seul mot d’ordre : dance music. S’il fallait retenir une chose de ce que l’on fait, cela serait de dance music, un truc qui fait danser les gens: pop, funk, house, des trucs plus techno…

LOFI |Un dernier mot pour ceux qui vous suivent ?

Naranja : Big up au collège St Raymond (rires).

Alderaan: Gros big up à tous les gens à Toulouse et ailleurs qui nous soutiennent. On a eu l’occasion d’en croiser pas mal au Bikini et ce soir au Downtown, des gens qui étaient la dès le début quand on mixait dans des bars devant une salle quasi vide.

Beaucoup d’amour sur eux et longue vie à Pétrole.

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