Hyperactivity nous parle graffiti et inspirations

C’est lors de la Techno Story #6 et au côté du dj japonais Ken Ishii que l’artiste nancéien Hyperactivity a pu créer un graffiti en live devant un public plus qu’enthousiaste. Avant de performer sur la scène de l’Autre Canal Nancy, cet artiste plus que complet a pris le temps de répondre aux questions de LOFI.

LOFI | Peux-tu me parler de ton background ? Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de l’art ?
Je n’ai pas de background particulier. Le graffiti est venu tout seul à vrai dire. Je viens d’un quartier ouvrier qui se situe en face d’une voie ferrée. Tout au long de ma jeunesse, je voyais des trains passer devant chez moi. Quand j’avais entre 10 et 15 ans, c’était l’émergence du hip-hop en France et quand je regardais les trains dehors, il y avait les premiers graffitis NTM, IAM et autres, ce qu’on écoutait dans le quartier et à l’école. Je me suis mis à faire du graffiti car je trouvais ça fou de faire du graffiti la nuit avec seulement des bombes de peinture et d’avoir un résultat pareil. Le côté aventure me plaisait énormément aussi. Le graffiti est un sport. Quand tu fais du graffiti, il y a le danger mais aussi le côté artistique. J’ai toujours eu cette fibre d’artiste. Ce qui est marrant c’est que le graffiti m’a permis de prendre conscience de mes capacités en dessin. Je dessine depuis tout petit mais je ne me voyais pas faire les Beaux-Arts car je ne me considère pas comme un artiste. J’ai jamais fait d’études d’art, fréquenté le milieu artistique, je n’allais pas au musée. Après, en pratiquant le graffiti, j’ai pu découvrir d’autres choses. Forcément, la curiosité fait que tu découvres des choses. Je suis parti du graffiti et j’arrive maintenant à l’art moderne, contemporain, traditionnel. Mais sans le graffiti, je pense que je ne me serais jamais intéressé à des gens comme Picasso, Dubuffet, Pollock,… à l’art moderne en fait.

LOFI | Quand on pense au graffiti, on pense illégalité. Quels risques as-tu pris pour en faire ?
Le risque est de se faire arrêter, d’avoir une amende. Quand on démarre, on est souvent jeune et dépendant de ses parents, le risque est donc de causer des torts à ses parents. Les risques dépendent notamment de ton âge : quand tu es majeur, tu as des risques plus élevés. Quand tu peins sur des trains, la sanction est plus forte. Plus tu augmentes en grade dans le graffiti, plus tu prends des risques. Personnellement, je n’ai pas pris de risques particuliers, le seul risque que j’ai pris est celui de me faire attraper.

LOFI | Tu as eu différents pseudos au cours de ta carrière. Peux-tu nous les expliquer ?
J’ai commencé il y a une vingtaine d’années avec Pano en référence au film des Inconnus
Les Trois frères où ils vont en soirée et prennent des ecsta du même nom. Cela  m’est venu à l’époque où je sortais beaucoup. J’écrivais Pano avant de me faire attraper, c’était vraiment mes débuts. Ensuite, quand j’ai commencé à être un peu plus expérimenté, j’ai opté pour Snoz en référence à la touche du réveil snooze. C’était simplement de bonnes lettres d’un point de vue esthétique car le “s” et le “z” sont quasiment les mêmes lettres architecturalement parlant. Le “o” peut aussi être remplacé par un personnage par exemple. J’ai beaucoup bossé avec ce nom là et c’est avec celui-ci que j’ai fait mes plus beaux lettrages. Ensuite, c’est devenu Pesto. Je trouvais ça intéressant d’utiliser un pseudo par style. Snoz est un style assez pointu avec un style de lettrage assez agressif alors que Pesto avait un style plus acidulé, avec des couleurs plus enfantines, c’était un autre délire. Et Hyperactivity est mon nom d’artiste. J’avais envie de séparer le graffiti de ce que je fais maintenant, c’est vraiment deux mondes différents. Je suis maintenant père de famille, je suis plus âgé, le graffiti est derrière moi même si je continue d’en faire pour le plaisir. Hyperactivity correspond au travail d’atelier et représente une évolution de ma démarche artistique. Cependant, Hyperactivity représente plus un état qu’un pseudo. Je pense que je suis hyperactif, ça représente mon état au quotidien. La peinture est une manière curative d’aller bien, j’ai besoin de faire de l’art.

LOFI | Tu pratiques énormément de disciplines dans l’art. Préfères-tu une discipline en particulier ? 
J’ai besoin de toucher à tout tout le temps. Mon art est le fruit de toutes les choses auxquelles je m’intéresse et c’est vraiment très vaste. La forme se manifeste par le graffiti, la sérigraphie, la typographie… Je suis un vrai curieux de nature et j’ai besoin de me prouver que je suis capable de faire plein de choses et de me renouveler. J’ai besoin de me réaliser, c’est important pour moi. Je fais beaucoup de sérigraphies actuellement car c’est un concept spécial qui demande beaucoup de patience et ça me force à faire les choses par étapes. C’est un visuel qui imprime couleur par couleur. Je peux donc faire un freestyle avec des pochoirs pré-conçus et à la fin, il y a une estampe et tu peux faire des multiples. Il y a un côté expérimental que j’affectionne particulièrement.

Hyperactivity
Vincent Zobler

LOFI | Tu mélanges les techniques traditionnelles et récentes. Peux-tu nous en parler ?
J’aime énormément l’expérimentation et ce que je trouve intéressant est l’accident. Grâce à l’art et la maturité que j’ai, je me permets de faire des choses non conventionnelles. Je vais faire des toiles avec des mélanges qui ne seront pas forcément prévus et c’est cela qui fait le charme. Le peintre est juste l’initiateur de quelque chose, les encres se mélangent et cela permet de créer de beaux accidents. Je suis très admiratif de tout ce qui est artisanat. Je fais tout à la main. Je prépare tout manuellement. Je me détache de l’informatique et du côté moderne de l’art. La convergence entre ce qui est artisanal, traditionnel et ce qui est plus freestyle produit quelque chose qui me convient énormément. J’adore le principe d’impression, de reproduction du type et j’aime rajouter un côté expérimental. Ma nature fait que j’ai besoin du freestyle mais aussi du traditionnel.

LOFI | Tes peintures semblent avoir des couleurs très vives. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?
J’utilise traditionnellement les couleurs primaires : bleu, rouge et jaune ainsi que le blanc et le noir. Je m’inspire principalement de Mondrian et du styliste Jean-Charles de Castelbajac qui utilise cette gamme de couleur. Cela est pratique car ce sont des couleurs qui fonctionnent bien. Je m’inspire aussi de Dubuffet qui n’utilise que le noir, le blanc, le rouge et le bleu. Ce qui est intéressant avec ce code couleur est qu’il s’agit d’une signature. Cela permet d’avoir une continuité. Le problème est que ça devient aussi un petit peu enfermant. J’utilise beaucoup ces couleurs depuis deux ans, cependant, la manière dont je les utilise fait que le rouge, le jaune, le bleu sont des mélanges créant des couleurs par transparence. J’aime bien quand les couleurs apportent quelque chose. Je ne fais pas de l’art décoratif, j’aime faire des choses par rapport à ce qu’elles produisent comme effets. Je le fait plus pour ma curiosité personnelle.

LOFI  | Quelles sont tes inspirations ? 
Mes inspirations sont très vastes : les artistes modernes comme Picasso, Pollock, DuBuffet, Mondrian, Modigliani,… Miro m’inspire aussi énormément. Cet artiste utilise énormément de noir, ce qui semble être de l’encre de Chine. Avec certains marqueurs, je peux obtenir des effets semblables à Miro, avec une épaisseur non linéaire. J’adore ça. Ça m’inspire. Picasso a aussi ouvert le champs des possibles notamment par rapport aux arts premiers, tout ce qui est tribal d’Amérique du sud, art celtique. L’art primaire est la simplicité et la symbolique me ramène à l’écriture qui est mon cheval de bataille, du graffiti jusqu’à maintenant. Mes traits ressemblent à l’écriture cunéiforme, comme à l’époque où on écrivait dans l’argile. Je perpétue une tradition en écrivant sur les murs. Mon fil conducteur est l’écriture.

Hyperactivity

LOFI  | Qu’est-ce que tu aimes dans les collaborations, dans le fait de mélanger des styles différents ? 
Les collaborations permettent de confronter ce que tu fais avec le travail d’un autre : ça peut être une confrontation ou une convergence. La confrontation permet de créer un choc. Dans les collaborations, tu as aussi le côté humain, c’est toujours mieux de créer avec quelqu’un. J’ai souvent peint avec mon petit frère, on faisait un très bon duo. Le graffiti est un sport collectif, c’est bien de le faire avec plusieurs personnes et de faire une peinture commune. Quand je fais du graffiti avec mes amis, l’important n’est pas vraiment le fait de peindre une fresque mais plus de passer une journée ensemble. Le graffiti permet de passer un bon moment, de peindre, de rigoler avec tes potes. Si tu obtiens un beau mur, c’est génial mais si tu obtiens quelque chose de moyen, ce n’est pas grave car tu auras passé un bon moment. Dans le graff, c’est la liberté qui est importante.  J’adore la gestuel, le mouvement dans l’espace, c’est comme une signature. C’est la liaison entre le corps et l’outils. Je n’étais pas déterminé à être artiste. Mes proches ne sont pas des artistes, ce sont des prolétaires. Moi, j’ai pris cette liberté. Le graffiti est un raccourci qui te permet, juste par ton effort et ton talent , d’aboutir à quelque chose. Tu grandis grâce au graffiti et tu peux l’utiliser pour grandir dans autre chose. Le graffiti m’a permis de prendre connaissance de mes capacités.

LOFI  | Pourquoi créer une oeuvre live avec la musique ? T’inspires tu de la musique live ? 
Greg (dj Toxic, membre de Kontakt Prod) et moi sommes cousins et on fait depuis longtemps des trucs ensemble. On est dans la même optique : créer des choses. Quand il a commencé à mixer, ça m’intéressait et la convergence entre musique et peinture crée quelque chose. Dans l’électro, il y a quelque chose de particulier : les gens qui viennent se mettent face au dj contrairement aux boites de nuits. On est en face à face et les gens vont regarder ce que le dj fait. Il est intéressant de se dire qu’il y a une prestation musicale et aussi une prestation visuelle. Cela me plait beaucoup car je peux écouter la musique et peindre en même temps. Le but est de créer de l’art en direct. L’idée est que chacun crée sa partie et à la fin tu obtiens une oeuvre. Les gens auront assisté à la création en live. Je ne m’inspire pas vraiment de la musique live mais plus du style de l’artiste. Pour la Techno Story, je vais faire un graffiti en référence au clip extra de Ken Ishii qui montre un Tokyo futuriste.

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Vincent Zobler

LOFI  | Qu’est ce qu’on peut attendre de toi en 2018 ? 
On peut juste attendre que je produise des choses. Cependant, mon travail n’est pas régulier. Je peins par vague, en fonction de mes envies. Il y a des moments où je vais produire beaucoup de choses et d’autres ou je ne vais rien produire. Je suis comme un enfant en fait, quand je regarde une émission sur l’art ou m’intéresse à un évènement, ça va me donner envie de refaire de l’écriture, de l’art. Je fonctionne au gré de mes inspirations.

Retrouvez toutes les toiles et peintures de l’artiste nancéien ici.

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