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La Ferme du Bonheur à Paris : une pratique insatiable de la culture protéiforme

Nichée au milieu de l’Université de Nanterre, entre les tours de La Défense et l’A86, nous découvrons la « zone franche » qu’est la Ferme du Bonheur créée en 1992 par Roger des Prés. Au travers de son engagement intrépide et son avidité d’agir, la Ferme représente un haut lieu de culture protéiforme naviguant entre agriculture, musique, théâtre, ou encore poésie et bien d’autres.

Un militantisme pour le renouveau 

Arpentant un chemin pavé entouré par une verdure abondante, l’environnement urbain y est complètement transformé. Nous voilà transportés dans un nouveau monde merveilleux et parallèle semble se dessiner.  Ancienne école réhabilitée et terrain vague défriché, la Ferme du Bonheur est une association et un lieu de réhabilitation tant humain que terrestre. Elle s’engage et s’applique via l’agriculture à renouveler des terrains dégradés par deux siècles d’industrialisation : c’est le « P.R.É ». Régi par ce concept « d’obligation écologique », le Parc Rural Expérimental est un carrefour entre architecture, pré, culture et artisanat. Les bénévoles y travaillent la terre les dimanches au Champ de la Garde et produisent de façon raisonnée : fruits, légumes et produits A.O.B.B. (Appellation d’Origine Bonheur en Banlieue). Organisée de façon horizontale, l’association accueille des individus de tous horizons. Migrants, artistes, anciens SDF, étudiants et étrangers s’investissent de concert pour une oeuvre publique : « C’est un lieu d’expérimentation sociale […] pour un expérience collective » selon Roger des Prés. En 10 ans, les effets de cet engagement sont très prometteurs : le nombre d’espèces différentes présentes sur le terrain s’élève à plus de 150, contre 50 avant qu’il ne soit investi.

© La Ferme du Bonheur

Le modèle ouvert et exemplaire de la Ferme du Bonheur mise sur l’éclectisme et l’hétéroclite. Il s’expose entre des sorties scolaires, des Journées du Patrimoine, une récente exposition à la BnF nommée « Paysage français » ou encore la biennale 2018 d’architecture de Venise.

Un lien pluriel

Élevage animal, initiations à différentes pratiques agricoles comme l’apiculture, la permaculture ou l’agriculture expérimentale, recherches scientifiques en coopération avec Agro Paris Tech et conférences cohabitent et coopèrent. Ceci avec la résidence d’artistes, l’organisation de concerts, de semaines de théâtre, poésie, danse, cinéma, arts plastiques, gastronomie, cirque, action sociale, pédagogie et formation. Un esprit humain et libéré plane sur la Ferme du Bonheur, c’est l’Agro-Poésie. Modulables, les locaux de la Ferme du Bonheur s’organisent pour accueillir toutes sortes de manifestations : des concerts classiques, des réceptions, des pièces de théâtre, un hammam ou encore les fameux Bals Electro.

© Le Viet Photography

Les Electro d’bals

Avec une programmation de plus en plus pointue sur le ton décalé et excentrique indissociable de la Ferme, ces Electro d’bals ont lieu un samedi par mois de 14h à 22h d’avril à septembre. Ils prennent place entre La Ferme et le Champ où règne une ambiance plus nature et calme propice à la rencontre et au débat. Dans un esprit groove et chaleureux, la Ferme du Bonheur est le seul endroit où il est possible de tomber nez à nez avec des animaux pendant un set de techno. En effet, nous sommes entourés par les fameux moutons, oies et cochons, ou encore par les paons surplombant la foule, dansant sur des tapis orientaux. Les Electro d’bals implantent un clubbing de jour détendu. Dans ce cadre fermier unique, on peut s’installer sous une grange pour discuter, puis danser au rythme endiablant de sons oscillant entre techno, funky house et eurodance. La décoration est authentique et brute, piquée de détails décalés. Avec de la bière artisanale au bar et des spécialités diversifiées, chaque édition est différente, généralement associée à un label ou un groupe.

Souvent épaulée par La Mamie’s depuis ses débuts ou encore le Camion Bazar, la Ferme du bonheur nous fait découvrir nombre d’artistes, dont certains moins visibles habituellement, pour un succès qui ne fait que croître. Ainsi, le samedi 26 mai dernier, c’est en duo avec La Klepto pour l’édition Les seins de glaces de la Klepto, que la Ferme du Bonheur nous a programmé Corrine – and co, Romain Dafalgang, C O N T E N T (Amber & Modestie), Mariøn et Nicol. Ils élaborèrent un Electro d’bal plein de surprises et de bonne ambiance, que le public a quitté léger, embrumé de retrouver les allés bétonnées de l’Université de Nanterre que l’ont avait presque oublié.

© Cha Gonzalez – photography

Généreusement, La Ferme du Bonheur se décline autant que le mot culture, constituant un lieu unique crée par une association engagée, pour un art total.

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